Louis XVI a dit: "Aujourd'hui: Rien".

Pour moi, c'est tous les jours "rien".

J'en ai pris conscience quand ma mère m'appelait une fois par semaine, toutes les semaines. De résumer ce que j'avais fait d'interessant dans la semaine était un exercice que j'avais en horreur.

Plus ça va et plus rester sur le banc de touche, à regarder les autres jouer le match, me déprime.

Les gens autour de moi, mes copains se marient, fondent une famille, achètent la maison à crédit avec la petite barrière blanche... et moi toujours pareil.

Allez vous baigner, je garde les sacs.

Je ne travaille pas (sentiment de culpabilité).

Je n'ai pas (plus) ou peu d'amis.

Je n'ai pas les moyens physiques et financiers de sortir.

Je lis, j'apprends. J'ai la culture générale d'un retraité de 70 ans.

Je surf sur le net, à défaut d'eau salée.

Stéréotype de l'handicapé geek.

... et je réfléchis, beaucoup trop...

Mon père, un jour quand j'étais petite, a soupiré: "Bénis soient les ignorants."

Étonnant de la part d'un fils de paysan, à l'intelligence toute pragmatique.

Comme ma vie serait plus sereine si je ne pensait plus! Malheureusement, l'ataxie m'interdit l'utilisation de calmants, anxiolytiques, somnifères et autres pilules du bonheur.

Je suis condamnée à affronter mes démons, seule.

 

Je reste sur le quai et le train démarre...