Qui a dit qu'être dans un fauteuil roulant empêche la coquetterie? Mais que nenni ma brave dame!

La monotonie de ma vie (routinière) me fait parfois oublier qui je suis. Mon essence: une femme.

Un bel esprit c'est bien mais, avec une belle enveloppe autour, c'est encore mieux!

"Mon corps n'est qu'un modeste écrin pour l'énorme joyau qu'est mon cerveau!", Achille Talon.

Je suis toujours surprise de plaire. Il y a quelques temps, à l'inauguration du cabinet de ma kiné, on lui a demandé qui était cette jolie jeune femme dans le fauteuil roulant. Hum, ça fait plaisir... Elle m'a dit aussi que le fait que la-dite femme dans le fauteuil soit jolie, en a surprit plus d'un. Pourquoi si j'avais été moche ça aurait été moins grave?! Cette remarque m'a fait me bidonner. Ma psy (à qui je l'avais répété), beaucoup moins. Elle m'a lancé son regard désapprobateur qui disait "t'es fière de toi là?!". Bah, heu... ouais, carrément!

Mes membres supérieurs n'étant plus très fiables, j'ai abandonné l'idée de me maquiller. Bizarrement, je trouve pas très glamour le make-up clownesque...

Je me persuade que rien ne vaut le Naturel.

"La simplicité est la sophistication suprême", Léonard de Vinci.

Mouais, ça me console pas.

Sans devenir une cagole, j'aimerais parfois ponctué mon quotidien blafard de quelques artifices.

Bien sûr, je prends soin de moi: coiffeur; tous les 6 mois, pour "couper les pointes" (j'ai les larmes aux yeux si on coupe plus!); manucure dès que je ressemble à Cruella Denfer (mais pas french, ça fait actrice porno); masques divers et variés et 1 fois par mois, RDV chez l'esthéticienne pour le dépoilage complet. (L'épilation des jambes quand on a une hypersensibilité, c'est folklo.) Mon esthéticienne est habituée maintenant et évite les spasmes comme si de rien. Impassible quand j'essaye de l'assomer. Trop forte!

Hier, j'ai dit que j'adorerais me "faire des yeux de biche", elle m'a répondu: "je vous le fais, j'ai 5 minutes". Je suis donc sorti de la boutique avec des yeux sublimes à la Audrey Hepburn.

Et, oh merveille, d'un coup, c'est plus mon fauteuil qu'on voyait en premier, mais mes yeux!!! Capter l'attention par quelque chose de beau et pas par cet amas de ferraille, relativement imposant (pas plus que ça, je fais du 38!) et rouge comme des semelles Louboutin.

Telle Cendrillon, j'ai du me séparer de ces oeuvres d'art parce qu'il faisait chaud et je commençais à ressembler à un panda; et puis, je voulais aller me coucher et pas me démaquiller sur mon oreiller (et passer la nuit assise, c'est un coup à choper un torticolis).

Du coup, j'ai pris une résolution: à la rentrée, je vais investir dans du maquillage permanent. C'est un tatouage, (oui, un de plus!) qui dure 2 à 5 ans avant de s'estomper.

Note pour plus tard: suggérer à un socio/etnologue qui prépare sa thèse de s'intéresser à la relation qu'entretienne les personnes malades/handicapées et les tatouages.

Ma théorie: On essaye, vaille que vaille, de s'approprier un corps qui nous échappe et nous devient étranger. Comme un nouveau locataire qui repeint les murs et y accroche des tableaux qu'il aime pour se sentir bien chez lui.