Et voilà, ça a pas loupé. Hier soir, j'ai entamé la saison "sombre". Nuit + froid = dépression. Honnêtement, je ne trouve aucune logique "scientifique" à cette équation. Je l'ai déduis, c'est tout. En été, mon âme souffre moins, mon corps aussi, je suppose donc que le froid qui tord mes membres, déchire également mes pensées. Résister au froid me demande beaucoup d'énergie. La nuit, la température baisse. Ma fatigue, elle, augmente. Quand on est fatigué, on est grognon, non? Moi, j'ai des idées noires, c'est le stade au dessus.

22h18, c'est là, tout pile, qu'une pensée assez coutumière s'est murmurée dans ma tête: "A quoi bon?". Perfides ces 3 petits mots, ils résument très bien ce que pensent les gens qui naviguent à vue, dans ce magma morbide des bas-fonds.

"A quoi bon naître et vivre si c'est pour décrépir, souffrir et mourir." J'avoue que de le formuler à cette heure du jour où j'ai encore quelques traces de courage, semble pompeux et presque ridicule. Mais hier soir, la véracité de cette phrase me brûlait. Comme si un tisonnier chauffé à blanc me mordait la chair.

J'appréhendais l'arrivée du froid. J'avais peur que ça me replonge dans le brouillard terrifiant de l'hiver dernier. J'avais la théorie que le froid accentuait mon mal, je l'ai vérifié hier soir.

J'espèrais que la dépression ne reviendrait pas. Je la guettais avec angoisse. Je la redoutais, comme on redoute de tremper son premier orteil dans l'eau fumante de son bain. On a les pieds glacés, ça va faire si mal... L'impression que ça se casse.

Tout ce qu'on peut faire c'est d'attendre, en espérant qu'après ça ira mieux.

J'avais lu que l'Homme avait besoin d'espoir, que c'était la seule chose qui l'animait. Ni trop, ni pas assez. Juste un mince rayon de lumière qui s'échappe d'une porte entrebaillée, laissant espérer que la pièce d'à coté est un paradis.

Parfois je me dis que j'ai jeté un coup d'oeil derrière le rideau de la Pièce, et que j'aurais une sorte de vue d'ensemble sur tous les mécanismes, les tenants et les aboutissants.

Blasée à 30 ans, c'est triste.

Comme si j'avais pris trop de distance, trop dézoomer avec la roulette de ma souris. Les gens pressés qui courent partout, gardent la tête dans le guidon, ça évite de perdre ses points de repères, de s'égarer.

Image d'un cosmonaute, engoncé dans sa combinaison, qui s'éloigne doucement et irrémédiablement dans l'espace.

L'infiniment grand serait oppréssant, ironique. (Et j'ai même pas vu Gravity!)