On est bien d'accord, je préférerais être debout, normale et en pleine forme. Mais, parfois, quand le vent chaud me caresse le visage, et que les planètes sont alignées, ça devient supportable.

-> Quand je demande un coup de main et qu'on ne m'envoit jamais chier balader. Souvent, j'ai même pas à demander, les gens me propose leur aide, avec grand sourire et mots gentils.

-> Quand on présuppose que je suis gentille, honnête, inoffensive, comme une personne âgée (alors que je suis une vraie psychopathe, gniak gniak gniak!).

-> Quand on me demande comment ça va, et que je réponds: "ça roule!". (Sourire goguenard/moi, air gêné/celui qui a demandé.) #FallaitPasDemander

-> Quand personne n'ose se plaindre devant moi de la pluie et du froid, de son patron pas gentil ou de ses ampoules aux pieds...

-> Quand je porte des chaussures avec 15 cm de talons (aiguilles), qui feraient passé 99% des filles pour des péripatéticiennes discounts.

-> Quand je passe devant tout le monde et ne fais pas la queue à Disney. D'ailleurs, le fils de monsieur ne veut plus aller dans un parc d'attractions sans moi!

-> Quand je peux m'habiller comme une gueuse, vu que personne ne me regarde. On voit juste un fauteuil roulant.

-> Quand je vous scrute et vous étudie, vous les "Debouts", mes p'tits rats de laboratoire. Et le pire, c'est que je ne me cache même pas quand je vous toise des pieds à la tête.

-> Quand je suis passée de la "nana qui titube/sûrement alcoolisée/c'est honteux" à "la jeune fille en fauteuil/la pauvre/en plus, elle sourit (bah oui, je vais pas, en plus, faire la gueule)/quel courage!" Signe visible de handicap, ça change tout!

-> Quand je peux me permettre de dire la vérité. D'être odieusement franche.

Samedi dernier, au stade de France, quand Dan Carter, mon choupinou d'amour, allait tirer une pénalité, beaucoup d'abrutis se sont mis à siffler, dont un belle brochette de dégénérés, assis au rang devant moi. C'est le genre de chose qui me défrise. J'ai honte d'être de la même espèce que ces grands macaques sans cervelle. J'ai envie de m'excuser, de courir rouler vers Dan et de lui assurer que non, tous les Français ne sont pas des gros connards! (y en a aussi, qui ne sont pas gros, nan je déconne.).

Donc ces persifleurs se manifestent. Je respire à fond, l'histoire de me garantir une voix claire et forte et pas ce miaulement ridicule qui s'échappe de ma gorge quand je suis stressée Je prie pour que ma voix s'impose et ne se brise pas (ça aussi, c'est pathétique).

Et là, majestueuse: "Hé devant, taisez-vous! On ne siffle pas! (Bande d'atrophiés du bulbe) Z'êtes pas à Toulon là!"

Pétard! J'étais trop fière! Si je finis à l'hopital, c'est pour toi Dan! Pour Morgan, Jonny, Luke, Dimitri et les autres aussi.

Un gros monsieur, engoncé dans un manteau gris, une casquette en feutre noire vissée sur le crane, installé au milieu de la brochette de devant, se retourne et me montre son visage rougeaud (dû au froid ou aux bières qu'il s'était enfilé? cf. gobelets vides empilés à ses pieds), passablement irrité. Le profile porcin du type était quand même vachement marqué (cochon/vache, trop fort!). 

Donc, l'andouille pivote, avec la ferme intention d'insulter copieusement l'impudente qui a osé le réprimander. Tout ça, je l'ai vu dans son regard... bovin. En même temps, il cherche des yeux à qui va s'adresser son avoinée. Après examen, il n'y a que des hommes et moi, devant lui. Je lui fais face. Mon monsieur (mon chéri) commence à serrer les machoires et ferme les points. Je suis flattée qu'il prévoit de distribuer des mandales pour défendre mon honneur.

Le cochon est tout étonné quand il comprend que c'est une p'tite nana de 50 kg toute mouillée, en fauteuil roulant, qui l'a défié. Je souris de toutes mes dents (32 - 3 dents de sagesse) et le vois blêmir, se décomposer et bredouiller un: "Pardon madame.".

Oh putain! Je reste calme, digne mais mon coeur bat à 200 tours/minute.

Penaud, la cochonnaille reprend sa place. A ma droite, un homme, qui a visiblement suivi la scène, s'incline et fait mine de m'applaudir.

Yeah Baby!!!