Jusqu'à présent, je n'avais qu'éfleuré le sujet de l'amour (avec du beurre autour) et du sexe dans le "H world" (terme de mon invention, pas encore déposé). On est entre adultes avertis, on peut appeler un minou, un chat, et une minette, une chatte.

Chez les handicapés, c'est un peu comme la sexualité des escargots: ça intrigue, on s'imagine des trucs, que ça doit pas être pratique, je vois pas comment... et surtout que c'est ni glamour, ni sexy, ni enviable, c'est dérangeant, et on a pas envie d'y penser, en fait.

D'imaginer des personnes qui ont un truc en moins (ou en plus), au lit, c'est loin, très loin d'être fantasmant. C'est un peu aussi déroutant que de se représenter ses parents en train de s'envoyer en l'air, avec le p'tit coté "dégueu" (le mot est un peu fort mais j'ai rien trouvé de mieux) car les-dits parents ont 95 printemps. Ouais, ça vend pas du rêve.

Il y a quelques temps, j'ai vu ce film: The Sessions.

The Sessions : affiche L'histoire est simple: un homme, très lourdement handicapé (il est cloué à son lit), veut connaître les plaisirs de la chair. Il rencontre une assistante sexuelle.

Au delà de la découverte de cette activité, en théorie anodine mais qui ici, devient un événement, des questions sont soulevées: le rapport à l'autre, la prostitution, le "droit" au plaisir...

On devine ma position sur le sujet: "Pas de bras, pas de chocolats"! Si t'as pas de jambes, tu ne marches pas. Si t'as pas d'utérus, tu ne feras pas d'enfants (mais tu peux en adopter). En résumé, c'est tombé sur toi, c'est con (c'est le cas de le dire!) mais accepte-le. On est en guerre, demande pas de la confiture sur tes tartines...

 

Petite précision, je ne milite pas pour que tous les handicapés fassent voeu d'abstinence et rentrent au couvent, je trouve déplorable qu'une personne extérieure intervienne, ou alors c'est une péripatéticienne qui ne doit pas être payée par la sécu. Y a d'autres trucs bien plus importants sur lesquels débattre avant, comme augmenter l'allocation handicapée et ne plus nous laisser vivre sous le seuil de pauvreté, je dis ça, je dis rien...

Le sexe n'est pas essentiel pour vivre, c'est pas de l'oxygène ou de l'eau. C'est pas primordial, du moins pour les femmes. Quand on voit tous les problèmes en Inde, où des hommes frustrés violent des femmes jusque dans un bus bondé. Des animaux, dans le sens primaire du terme: sans intelligence ni civilité, juste un sac d'hormones avec des envies et pas de conscience.

Je ne peux pas m'empêcher de penser à un article de "Alors voilà", dans lequel, le futur médecin qu'il était, racontait une glauquissime histoire d'inceste. Une mère agée vivait avec son fils, retardé mental, dans quelque campagne française. Un jour, on a trouvé une syphilis au fils. Deux mois plus tard, la mère a contracté le même virus. Devant l'air désemparé du médecin, elle a avoué que quand son fils s'enervait et la cognait, de lui faire l'amour de coucher avec lui de pratiquer le coït de forniquer d'avoir des relations sexuelles le calmait... J'en ai froid dans le dos. Je crois pas qu'un cas de nymphomanie semblable existe... Vraiment, les mecs sont tout en bas de l'Evolution, entre la bactérie et le virus...

Bien que je m'interroge fortement sur le principe vital d'un "droit" au plaisir (au même niveau qu'un droit à l'éducation?), je me refuse à l'interdir, c'est grotesque mais pas dangereux. Je suis Charlie, faites comme vous voulez mais me faites pas chier.

Je remets en question un "droit" au plaisir, mais je soutiens un "droit au bonheur".

Ce que nous vivons: la maladie, la proximité de la mort, quelque soit le "truc" qui nous empêche de vivre "normalement", ça nous isole, et avec les années, cette solitude est une vraie chape de plombs. Je le savais, sans jamais l'avoir réalisé. D'abors parce que je vis avec Monsieur depuis presque 10 ans, et ensuite parce que je ne connaissais pas d'handicapés! Je les fuyais même, puisque je pensais ne pas être comme eux. Je n'acceptais pas.

Dans le forum d'AF où je suis, je suis toujours étonnée quand il y a des "mariages mixtes" (1 "normal" et 1 malade). Je me demande à chaque fois si ils se sont mariés avant que la maladie n'apparaisse, pourquoi le "normal" est resté? Par bonne conscience? Et si les rôles étaient inversés, si j'étais une "debout", une "Normale", est-ce que je pourrais aimer un Handicapé? Honnêtement, avec ce que je sais maintenant, ma maturité et mes expériences, j'aurais du mal à me contenter d'un gigolo même s'il est beau comme un dieu grec... Je crois que ça ne me dérangerait pas (qu'il soit en kit), s'il en valait la peine, si avec lui, la vie devenait simple. "Simple", ça veut pas dire sans problème. Une vie simplifiée = manger, dormir, aimer, mourir.

Je lis souvent des témoignages de personnes handicapées ou malades qui aimeraient que Cupidon se penche sur leur cas, ou à défaut du petit ange joufflu, un coït furieux à faire trembler les boulons du fauteuil, ça peut être bien aussi! Il y a quelques temps, j'avais lu un article d'une nana en fauteuil qui s'indignait de ne pas trouver de "plan Q". Bah oui ma grande, mais t'es une poupée cassée et les hommes n'aiment pas les jouets cassés, enfin la plupart. Elle râlait qu'ils coupaient court dès la mention de ce mot terrifiant commençant par un "H"... Pour l'avoir vécu, j'admets que c'est frustrant, énervant, désolant (rayer la mention inutile). T'as envie de lui dire: "Hé, y a 2 secondes tu me trouvais géniale, tu me demandais de quelle couleur était ma petite culotte, et quand je te demande si y a un ascenseur pour monter chez toi, parce que je suis en fauteuil... POUF... y a plus personne!". "Ouais, mais elle s''y prend mal aussi!" J'en arrive à me demander comment il faudrait s'y prendre pour pas les faire fuir "la queue entre les jambes"...

Avant je pensais qu'il fallait le cacher, avancer couvert, cultiver la complicité et l'amitié jusqu'à ce qu'un jour, "l'amour"/l'attirance/l'affection devienne une évidence, et le handicap, un détail. Mais maintenant que je m'assume en tant que personne différente, j'ai du mal à mentir, même par omission. C'est de l'amour-propre, la "fierté des Handicapés", comme la fierté Gay, on va faire un défilé, on a déjà les chars! Mouha ha ha!

Par souci d'honneté, faut-il le dire? Quitte à rester seul(e), et quel est le bon moment (si tenté qu'il y en est un)? Dilemme cornélien.

Tant bien même, imaginons... Imaginons qu'une personne malade/handicapée rencontre une personne valide. Imaginons que "ça match/colle", qu'ils surmontent les barrières physiques, psychiques, émotionnelles, et tous les trucs qui font douter. Imaginons qu'ils sont ensemble depuis quelques mois, le temps de s'apprivoiser, de se faire confiance, de baisser la garde... Et là, ça les démange de se connaître un peu plus, "bibliquement" quoi; ça les angoisse aussi, surtout celui qui est "amoindri", mais avec le temps, la peur diminue et le désir augmente.

Pub Lacoste "Le Grand Saut":

 

Oui mais voilà, une fois la tempête de caresses passée, que les maladresses ne sont plus excusées par le fébrile besoin de l'autre, elles deviennent moins touchantes. "Dis chéri(e), maintenant qu'on est intime, tu peux m'aider à aller au W.C?" Mortifiant.

1e règle: Le rapport au corps est biaisé chez les personnes malades/handicapées de longue date. A chaque médecin qui les a examiné, à chaque fois qu'ils ont dû se déshabiller pour monter leur corps abîmés à un étranger, un peu de pudeur et de "souveraineté" de cet assemblage de chair, s'est dissipé. Notre corps n'est plus sacré, ni secret. C'est un un bout de viande, un objet de transport, désincarné. Comme une voiture cassée, qui passerait son temps chez le garagiste, et qui ne s'offusquerait plus que quelqu'un mette son nez sous le capot.

On en vient à la règle 2: Ton amant n'est pas ton infirmier (et ne doit jamais le devenir). Car, comme dans toute relation, les sentiments s'émoussent, et le corps se banalisera s'il est vu à un moment où il n'est qu'un "outil", et pas un objet de désir. 

 C'est vrai aussi pour un couple de valides, mariés depuis 20 ans: l'un se lave les dents, pendant que l'autre à 30cm, "siège à la commission". Cultivons notre jardin secret!

 

 

(Eyes Wide Shut)

 

Un site de rencontre pour personnes handicapées! Eureka, la voilà la solution! Genre "Adopte un handicapé".

(J'ai eu cette brillante idée alors que j'étais dans un endroit propice à la réflexion, à l'humilité et aux diverses interrogations du bien fondé d'un régime alimentaire à base exclusivement de chocolat, bref j'étais sur le trône, de porcelaine.)
Google étant mon ami (en fait, non pas vraiment, c'est Qwant), j'ai trouvé les-dits sites, et me suis inscrite à l'un d'entre eux, comme ça, pour voir le genre de bêtes à plumes et de tout poil, qui peuplent ce genre d'endroit.

J'ai été servie! Sur des centaines de profils, 3 mecs mignons (et dans mes âges), pas des Johnny Depp non plus, hein, pas de quoi bousculer une charrette. Je doute même que c'est 3 profils étaient de vraies personnes... Là où j'ai carrément halluciné, c'est quand un papi de 94 printemps vient m'aborder, en me disant qu'à part une prothèse de hanche, "tout est d'origine et qu'il est encore vert", même pour une jeune enfant comme moi... Vieux cochon, va!

Le pire du pire, c'est quand, après avoir juste dis "bonjour" à un jeune homme (trentenaire) qui insistait lourdement pour me parler, il me raconte son dossier médical de long en large (us primordiale quand 2 personnes handicapées se rencontrent), puis, comme je ne répondais plus (j'étais au téléphone), il m'a fait un quasi-monologue qui a finit en feu d'artifesse:

-"t'es là?" (je corrige les fautes, j'ai pitié de vos petits yeux fragiles)

-"Répond-moi"

-"Répond"

-"Répond, s'il te plaît, répond!"

- "REPOND!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!"

- "REPOND, ne me laisse pas... JE SUIS PUCEAU!"

WTF!!! Où est-ce qu'il a péché que de sortir un truc comme ça, ça faisait craquer les filles?! Ouh lala, putain, je suis tombée chez les dingues!

Ce genre de déclaration, ça surprend, y a pas, même si on est plutôt ouverte d'esprit, et qu'on est consciente que tout le monde ne maîtrise pas les codes de séduction en vigueur.

*Part tout doucement, à reculons, sur la pointe des roues, sans faire de bruit*