C'est ce que disent les Alcooliques en convalescence. Ceux qui se battent chaque minute, chaque seconde, contre un truc immense mais invisible. Un démon silencieux qui veut leur peau. Une maladie, qui même lorsqu'elle est combattue avec toute la bonne volonté du monde, les bat parfois, en les laissant sonnés, impuissants, et avec la désagréable appréhension que la volonté ne sera pas suffisante...

Je me suis étouffée hier. Dis comme ça, ça a l'air ridicule, alors qu'en fait, c'est terrifiant. J'ai failli crever à cause d'un peu de salive là où il fallait pas. Pendant que je changeais de couleur, j'imaginais mon épitaphe, sur ma pierre tombale: "Elle a avalé de travers". Je n'aurais donc aucune dignité, même dans la mort.

Alors que j'étais en pleine crise de suffocation, j'étais calme. Je me représente l'intérieur de ma tête, comme un genre de centre de contrôle. Une salle avec 2 grands écrans (mes yeux), pleins de boutons qui clignotent, de câbles, peuplée de petits bonshommes aux commandes, et qui joignent les différents organes par téléphone. Y a aussi un portrait de ma conscience, accrochée au mur.

Ouais, c'est cool dans ma tête, très "cartoonien". Et dès que j'entends "les globules blancs combattent l'infection", je vois les dessins d"Il était une fois la Vie". La musique en prime (c'est cadeau ;-)).

Il était une fois... La Vie - Générique

 Donc, pas de panique, non. Ce coup-ci, la salle était déserte, ou presque. Plus de joyeux bordel, juste un homme assis dans un large fauteuil, derrière une grande table, qui joignait ses longs doigts squelettiques, en se demandant, le plus tranquillement du monde, si on pouvait mourir d'une fausse-route, et au bout de combien de temps, privée d'air, j'allais tomber dans les pommes...

Mouais, j'étais morte de trouille. Seule attitude à adopter a été de me dire que celle-là, cette crise, je l'avais passé. Maintenant j'attends la prochaine, comme on attend une vague, sans savoir quoi faire, ni quand, ni avec quelle force ça va frapper. Je sais juste que ça peut être catastrophique.

Pour moi qui planifie, jauge, mesure, évalue, note tout, lâcher prise et se résoudre à attendre de souffrir, sans pouvoir s'y préparer, c'est compliqué...