Je sais, ça fait 2 plombes que j'ai pas écrit. J'ai été un peu occupée: notamment, une commande de nouveau fauteuil roulant (le précédent a plus de 10 ans, les pièces détachées n'existent même plus), et de divers matériels paramédicaux (en or massif incrustés de pierres précieuses)...

Hé, tu sais quoi? Rien que le fauteuil coûte  3300 euros. La sécu rembourse 550, la mutuelle un peu plus de 1500, en gros, j'en ai pour 1000 euros et des bananes, de ma poche. Sachant que je vis avec 808 euros par mois, je te cache pas que c'est un peu raide.

Y a ça, donc, et qui dit "changement", dit "farandole de dossiers", RDV avec des ergos, des techniciens, des médecins, des kinés, des orthophonistes (je me suis résolue à consulter pour essayer des diminuer les fausses-routes, lorsqu'une docteure m'a balancé, sans grand ménagement, que l'arret cardiaque me pendait au nez. Même pas peur!). Et bien sûr, ces gens ne me connaissent pas, ils ne savent pas ce que j'ai. Il faut donc tout ré-expliquer, comment ça s'écrit "FrIedrEich", qu'est-ce qui déconne, comment ça va évoluer... Pas vraiment la conversation la plus fun de l'année.

Mes parents, qui depuis mon accident, sont revenus dans ma vie. Et, mine de crayon, c'est pas rien d'entretenir une relation. C'est un peu comme entretenir un feu: ne pas l'étouffer, laisser de l'air, mais pas trop, sinon on vous oublie... On s'appelle régulièrement. On se fait des restos, des p'tits cadeaux... Impensable pour moi, il y a encore 1 an. J'avais jamais fait ça en étant aussi assidue, ou si, une fois, avec celle que je considérais comme ma meilleure amie, mais elle s'est évaporée....

Me faire aimer des gens, et se soucier de se qu'ils pensent de moi, c'est vraiment le cadet de mes soucis. Alors, quand je cauchemarde que, de toute façon, ma mère préfère ma soeur et que ça me désole, que je me réveille en nage, avec un noeud dans le ventre, attristée et au bord des larmes, je me dis qu'il y a un fucking problème...

Je me souviens une réflexion de ma soeur, il y a bien 10 ans, à un déjeuner dominical, chez mes parents.

J'avais pris mon indépendance quelques mois plus tôt, et m'étais installée dans un petit appart, en rez-de-chaussée. Je restais dans la ville où j'avais grandi, à 500 mètres, à vol d'oiseau, de la maison familiale, et j'étais invitée tous les week-end à y manger le dimanche midi. Je ne sais même plus le sujet de la conversation, mais je me rappelle que ma mère s'était levée de table, pour aller chercher un plat, et là, le plus naturellement du monde, ma perfide de soeur m'avait dit: "Non mais attend, t'es plus chez toi ici". BIM! Prend-toi ça dans la mouille! Je crois pas avoir été capable de rétorquer, tellement ça m'avait blessé. Pétasse.

D'un coup, tous mes souvenirs d'enfance, ma maison de poupée, le trou dans la porte de ma chambre que mon père avait fait (je m'étais enfermée et refusais d'ouvrir pour laisser entrer ma soeur), les bonbons, que je cachais comme un trésor dans mon bureau. Tout ça a explosé, elle l'a balayé.

Parenthèse fermée. Je sens bien que je reviens dans un roman, dans une histoire, où je ne me sens plus à ma place.

Attention métaphore floresque (oui, j'invente des mots, So what?): C'est comme si dans une haie d'arbustes, on en enlève 1. Y a un trou d'abord, puis petit à petit, les 2 cotés se rejoignent, et la haie se reforme,. Alors qu'on pensait que le trou béant, était impossible à combler il semblerait que non. Tout est rentré dans l'ordre, a continué à vivre, et l'arbuste déraciné est juste de trop. On a plus besoin de lui, il n'a plus sa place dans la rangée d'arbres...

Je déboule comme un chien dans un jeu de quille. Ils ont tous de nouvelles habitudes, de nouvelles passions. De nouveaux noms à retenir, ou d'autres dont le "statut doit être mis à jour". Un-tel à déménagé, Bidule s'est marié... Retiens tout ça.

Finalement, "l'enfant prodigue" réjouit que j'étais, ne se sent pas du tout désirée.

Peut-être qu'en fin de compte, le noeud du problème, c'est que ma soeur se marie, avec un mec que je n'ai jamais rencontré, et qui, accessoirement lui a fait des grumeaux (= faux-jumeaux). Je me dis qu'elle avance, et moi, je stagne. Première méduse (une "méduse" et sa douloureuse piqûre, c'est ce qu'on pourrait appeler "une couleuvre à avaler", en plus branchouille).

Je ne suis pas invitée au mariage. Deuxième méduse.

Mes "neveux" (techniquement) ne m'ont jamais été présentés. Je les ai aperçu, en furtif, il y a peu. Ils ont déjà 1 an et demi. Troisième méduse. (En même temps, on peut pas dire que j'adore les enfants. J'ai jamais été attendri devant un "roti" dans une poussette. Je comprends même pas le but final et sans-doute secret, de se reproduire. Mais eux, j'sais pas pourquoi, je les aime bien.)

Le premier qui s'approche de moi, la bouche en coeur et l'oeil humide, je lui pète les dents à coup de repose-pieds.

Ma soeur est une garce. Depuis aussi loin que je me souvienne, ça a toujours été ça: elle minaude, fait des câlins pour se faire bien voir de l'autorité parentale, mais dès que personne ne regarde, elle est... VICIEUSE.

Note: Toutes mes condoléances à mon futur beau-frère.

D'aprés mon frère (amour, gloire et beauté, à jamais sur lui), elle m'en veut d'avoir "emmerder mes parents" quand je suis partie. Wtf??? Quelqu'un peut lui expliquer qu'elle ne fait pas partie de la relation que j'ai avec mes parents?! Putain, elle m'épuise!

On est à combien là? Quatrième méduse.

Tiens, au fait, là c'est moi qui pige pas: depuis que ma soeur a pondu les grumeaux, c'est une sainte. Au point que mon frère (santé, pépettes et bogossitude) la défende, ainsi que son ex-copine a qui elle a fait les pires crasses, pendant des années. Non mais y a des fois, les gens ont des réactions qui me laisse pantoise sur le Q! C'est pas vraiment une méduse, mais ça me gonfle!

Ou, quand l'espoir de pouvoir se lever de son fauteuil roulant et de lui botter le Q si fort, qu'elle mettra des semaines à arriver à s'assoir, Oui ce fol espoir, brille au loin comme une petite lueur têtue et réconfortante.