ignore

... et c'est moi!

C'est une chose qui m'étonne/m'amuse/m'attriste (raillez la mention inutile), voire les 3 à la suite. J'ai remarqué que (parfois) les gens sciemment m'évitent du regard. C'est pas par méchanceté (enfin je pense)... "Si tu la touches pas, elle te pique pas!".... Je prends ça plutôt comme une marque de respect maladroite.

Nos chères et tendres mères/tantines/nourrices, enfin celles (ou ceux) qui nous ont apprit les us et coutumes qui régissent notre belle Société, ont martelé jusqu'à ce que ça s'imprime dans nos petites têtes de bûche, 2-3 trucs élémentaires. A savoir:

- On ne met pas son doigt dans son nez (dans le nez de personne, d 'ailleurs),

- On ne pète pas en public (Cette règle englobe les questions du "bruit et de l'odeur", séparées ou additionnées),

- On ne se prend pas pour la coiffeuse, et on ne COUPE pas les cheveux de sa camarade de classe (C'est pas vraiment une des règles de base, mais on me l'a tellement rabâché... Petite confidence: il parait que c'était un vrai massacre! Un mélange entre Sia et Lady Gaga, du grand Art!),

- On ne regarde pas les gens avec insistance, et encore moins les gens malades/handicapés/différents.

Nous y voilà. J'ai jamais demandé pourquoi, je suppose que c'est pour ne pas les mettre "mal à l'aise"

Maintenant que je suis de l'autre coté de la barrière, je peux te dire que, ici, ça va tranquille, Émile. Arrête-moi si je me trompe, tu es un "debout" gentil, poli, tu veux bien faire mais ne surtout froisser personne, donc: tu regardes tes pompes! Heu en définitif, c'est kiké mal à l'aise là?!

 Tu ne sais pas interagir avec "nous" mais, je te rassure, nous non plus, on sait pas interagir avec toi, avec vous, les "debouts", les "normaux". Vos codes, vos réactions ne nous sont pas coutumiers. (J'espère ne pas parler que pour moi! #SociopatheEnThérapieBonjour)

Mon principal problème, vois-tu, c'est que je ne sais pas doser. De base, en temps normal, je ne parle pas, enfin le minimum syndical. D'une, par manque d'intêret: j'applique à la lettre la maxime "Si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence, tais-toi". De 2, je préfère écouter, dans la limite du raisonnable (= ma patience). De 3, développer une dysarthrie m'empéchant de parler correctement, et donc passer, au mieux pour une pochetronne, au pire, pour une débile (dans tous les sens du terme. L'association trouble de la parole = retard cognitif, on le fait tous, ne fais pas ta mijaurée!) m'a profondément vexée. Bah oui, c'est un peu couillon comme réaction. Mais que veux-tu? Petit à petit, la maladie m'a enlevé (ou du moins, "écorné"): pudeur, dignité, amour propre et orgueil. Du coup, le peu qu'il reste est parfois mal placé.

Tout ça pour dire que je ne suis pas très loquace. Or, quand on ne pratique par l'art de la palabre, les personnes autour trouvent ça presque malpoli, grossier. En gros, discuter serait l'équivalent humain de l'épouillage social.

Au moment où je lis la désapprobation mêlée à la déception dans le regard de celui qui, en face de moi, tente d'établir le dialogue et se fracasse la mouille sur les remparts de mon indifférence, je descends de ma tour d'ivoire de solitude pour venir en aide à ce galérien, et je me force à faire la conversation. Oui mais quoi dire? Parler de la vie de tous les jours? Rester léger et anodin. Le hic c'est que même ma routine peut, par inadvertance, déboucher sur quelque chose de triste, de brutal... C'est à cet instant précis que je vois la peine dans leurs yeux qui s'insinue comme du brouillard, et c'est là que je regrette de pas l'avoir garder fermer (ma bouche).

Pour d'autres personnes handi*, les codes de séduction sont une science mystico-ésotérique dont elles ignorent tout. (cf. Tournez roulettes  J'ai testé pour vous) J'appelle ça de "l'immaturité affective". En effet, du fait de vivre au ban de la société, et parfois depuis toujours (écoles spécialisées, centres de loisir puis de travail adaptés, cercle amical réduit, souvent exclusivement féminin, compatissant et indulgent, sorties rares), ces créatures sont en décalage quand elles se retrouvent confrontées au monde extérieur. Comme une appli qui n'a pas eu accés au net pour se mettre à jour, et qui rencontre les derniers appareils sortis avec appli qui tond la pelouse, prépare le café et parle javanais... BUG.

C'est un vrai feu d'artifice où la version Usine, la plus ancienne, essaye de communiquer avec ses valeurs de base: soit le bien contre le coté obscur le mal, "Mentir, c'est vilain" et "on est gentil avec les gens" à grand renfort de câlins et de bisous. Comment veux-tu que ces êtres purs et innocents se débrouillent dans ce panier de crabes hypocrites qu'est notre Société?

C'est une des raisons pour laquelle les mères d'enfants handi/surdoués, se battent comme des lionnes pour que leurs gamins gardent une scolarité normale, dans une école lambda et qu'ils puissent découvrir l'activité ébouriffante de la coiffure d'art.

Le plus beau coup du "je me force à pas te regarder, mais ça me démange les orbites", a eu lieu au bureau de vote de mon village, lors de la dernière élection présidentielle. Comme je vis dans un nano village, la mairie c'est pas un bâtiment, c'est une pièce chez M. le maire. D'ailleurs, je n'avais pas encore emménager qu'il avait fait construire une grande rampe pour que j'y accède. Même si c'est "obligé par la loi", ça me fait chaud à mon petit coeur à chaque fois que je passe devant <3 (c'est un smiley "coeur").

Breeeeeeeef. Je suis rentrée dans la salle où trônait l'urne, il y avait plein de personnes mais aucune ne me regardait dans les yeux:

- une dame écrivait de façon ultra consciencieuse,

- une autre lisait par dessus son épaule, genre le truc le plus intéressant de sa vie,

- un homme petit et rougeaud lissait les rideaux nonchalamment,

- un autre chassait les mouches, le nez en l 'air,

- les 3 derniers discutaient à voix basse,

Mais aucun ne me regardait. Ils feignaient l'indifférence. Jusqu'à ce que monsieur le maire s'écrit: "Ah mais vous êtes là!" et traverse la salle, tout sourire, pour me serrer la main. Là, ils ont tous tourné la tête, l'air étonné, genre OnTavéPaVu.

Une autre fois, je sors de festoche, avec Monsieur qui pousse mon fauteuil, et V'latiPas qu'on croise ces messieurs de la maréchaussée. Avant toute chose, je dois dire que connaissant très bien la maison Poulaga, j'assume ma nette préférence pour l'autre camp: "GendarmerieNationnale-PapiersDuVéhicule-Siouplé" (avec l'accent du sud). Monsieur les salue et leur demande conseil sur un itinéraire. Hé bah, en 10 minutes de conversation, les gendarmes ne m'ont pas jeté un coup d'oeil, rien!

Honnêtement, ça m'a fait sourire de les voir gigoter, se dandiner d'un pied sur l'autre comme s'ils avaient envie de pisser. Je les sentais un peu nerveux. Sous le képi, ça devait être le branlebas de combat: "Putain, dis pas de connerie!".

Mais même quand on me voit, on ne me regarde pas. Exemple avec mon ancienne kiné qui ne me croyait pas alors que je faisais ce constat. Je lui ai demandé de quelle couleur était mon fauteuil. Question simple. "Heu... Bleu??" HIN! (= bruit de buzzer) Rouge!

Comme quoi...

Il existe un signe que mon fauteuil (symbole de ma maladie) est totalement accepté par un "debout": il s'assoit dedans, détendu du gilet, sans malaise ni superstition que ça porterait la poisse, et en général, lance tout surpris: "Mais c'est super confortable!".

Mon petit frère fait même du "2 roues". Mon frère, ce héro...

 

 

 

 

*"handi": Terme + court, + rapide à écrire, moins anxiogène (maybe) pour désigner les P.M.R = Personnes à Mobilité Réduite, des "Handicapés" quoi.